Séfou Fagbohoun : disparition d’un monument de la vie politique et économique béninoise
- Aristide SETTIN

- il y a 2 jours
- 4 min de lecture

Le Bénin est en deuil. Séfou Fagbohoun, homme d’affaires, ancien député et fondateur du Mouvement africain pour le développement et le progrès (MADEP), est décédé ce samedi 22 août 2026 à Adja-Ouèrè, dans le département du Plateau. Âgé de 80 ans, l’ancien baron politique laisse derrière lui un parcours exceptionnel, marqué par la réussite dans les affaires, l’engagement politique, l’influence électorale et plusieurs épisodes judiciaires.
Figure emblématique du Plateau, Séfou Fagbohoun aura été pendant près de trois décennies l’un des hommes les plus influents de la vie politique et économique béninoise. Son nom reste associé à une époque où les grands entrepreneurs jouaient également un rôle déterminant dans la construction des équilibres politiques.
Des affaires à la politique
Né le 26 janvier 1946, Séfou Fagbohoun commence son parcours dans le secteur privé. Autodidacte, il développe ses premières activités commerciales dans les échanges entre le Bénin et le Nigeria. Sa réussite lui permet ensuite de diversifier ses investissements et de s’imposer dans plusieurs secteurs de l’économie nationale.
Les hydrocarbures occupent une place importante dans son empire économique. Son ascension atteint un tournant majeur en 1999 avec la privatisation de la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (SONACOP).
À travers la Continentale des pétroles et investissements (CPI), qu’il préside, Séfou Fagbohoun devient l’actionnaire majoritaire de la société avec 55 % du capital. L’État conserve alors 35 %, tandis que les 10 % restants reviennent au personnel.
Cette opération contribue à renforcer considérablement sa stature dans le monde des affaires et à faire de lui l’un des entrepreneurs les plus en vue du pays.
Le MADEP, la machine politique du « baobab »
Séfou Fagbohoun ne se contente cependant pas de son influence économique. En 1997, il crée le Mouvement africain pour le développement et le progrès, plus connu sous le sigle MADEP.
Rapidement, le parti s’enracine dans le sud-est du pays, particulièrement dans l’Ouémé et le Plateau. Il devient l’une des formations politiques importantes de l’ère du Renouveau démocratique et apporte son soutien au président Mathieu Kérékou.
La percée électorale du MADEP est particulièrement remarquable lors des législatives de 2003. Le parti obtient neuf sièges sur les 83 que compte alors l’Assemblée nationale.
Antoine Kolawolé Idji, l’une des personnalités majeures de la formation, accède par la suite au perchoir. Cette période consacre le poids politique de Séfou Fagbohoun, dont l’influence dépasse largement les limites de son parti.
Dans le Plateau, son avis devient incontournable. Investitures, alliances électorales, candidatures et stratégies politiques : le « patriarche » dispose d’un réseau suffisamment dense pour peser sur de nombreuses décisions.
Un homme politique au destin mouvementé
Séfou Fagbohoun connaît lui-même les bancs de l’Assemblée nationale à plusieurs reprises. Mais son influence ne se mesure pas uniquement à ses fonctions électives.
Son parcours est également jalonné de relations avec plusieurs figures de premier plan de la politique béninoise. Louis Vlavonou, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, a d’ailleurs reconnu l’importance de son rôle dans ses débuts politiques, le considérant comme un mentor. Mais l’arrivée de Boni Yayi au pouvoir en 2006 bouleverse la trajectoire de l’homme d’affaires. Quelques semaines après l’élection du nouveau président, Séfou Fagbohoun est arrêté le 4 juin 2006 par la Brigade économique et financière dans le cadre de l’affaire relative à la gestion de la SONACOP.
Il passe près de deux ans en détention avant d’être libéré en 2008. L’épisode intervient dans un contexte de tensions autour du contrôle de la société pétrolière et marque profondément les rapports entre l’homme d’affaires et le nouveau pouvoir.
De la proximité avec Kérékou à l’opposition à Boni Yayi
Ancien soutien de Mathieu Kérékou, Séfou Fagbohoun devient progressivement une figure de l’opposition sous Boni Yayi.
Cette nouvelle position politique s’accompagne de plusieurs années de relations tendues avec le pouvoir et de procédures judiciaires. L’ancien patron du MADEP connaît notamment un autre épisode judiciaire dans le cadre d’un conflit foncier à Gbahouété, dans la commune d’Adja-Ouèrè.
Le litige concerne un domaine que Séfou Fagbohoun affirme avoir acquis en 1999. Le différend intervient dans un contexte lié à l’installation de la Nouvelle cimenterie du Bénin et donne lieu à une longue bataille judiciaire.
En 2018, l’homme d’affaires est entendu par la justice avant d’être remis en liberté sous convocation.
Le retour dans le camp du pouvoir
Après plusieurs années de distance avec les autorités, Séfou Fagbohoun se rapproche du président Patrice Talon.
Le 13 février 2020, il rencontre le chef de l’État à Cotonou en compagnie notamment de sa fille Karamatou Fagbohoun. Quelques jours plus tard, le 22 février, il officialise son adhésion au Bloc républicain lors d’une cérémonie à Adja-Ouèrè.
L’ancien dirigeant du MADEP explique alors cette décision par sa volonté de participer au développement de sa région, de favoriser la promotion des cadres du Plateau, de soutenir l’emploi des jeunes et de contribuer à la réalisation d’infrastructures.
Deux ans plus tard, en septembre 2022, il réaffirme son appartenance au Bloc républicain lors d’une rencontre avec les responsables du parti dans le Plateau.
Une influence qui survit au retrait politique
Avec l’âge, Séfou Fagbohoun s’éloigne progressivement de la scène politique nationale. Il passe davantage de temps à Adja-Ouèrè, sa commune natale, où il conserve une forte influence.
Le 26 janvier 2026, à l’occasion de ses 80 ans, ses proches, des responsables politiques et de nombreuses populations lui rendent hommage. Cette célébration témoigne de l’attachement dont il continuait de bénéficier dans sa région.
S’il avait progressivement quitté les premiers rangs de la politique, son héritage demeurait visible. Plusieurs responsables politiques du Plateau ont été accompagnés, soutenus ou inspirés par son parcours.
Une page de l’histoire politique béninoise se tourne
Séfou Fagbohoun aura connu les différentes phases de la vie politique béninoise depuis le Renouveau démocratique. Entrepreneur prospère devenu chef de parti, député et figure d’influence, il aura également connu la détention, les procédures judiciaires, les ruptures politiques et les retrouvailles avec le pouvoir.
Son parcours épouse ainsi les grandes mutations de la scène politique nationale : de Mathieu Kérékou à Boni Yayi, puis à Patrice Talon, il aura été successivement allié, opposant, parlementaire, chef de parti et acteur majeur des recompositions politiques.
Au-delà de ses fonctions et de ses activités économiques, c’est surtout la figure du « baobab du Plateau » qui restera dans les mémoires. Un homme dont l’influence aura marqué plusieurs générations et dont le nom demeure intimement lié à l’histoire politique et économique du Bénin.
Avec sa disparition, c’est une page importante de cette histoire qui se referme.
Aristide SETTIN

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