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SIBaP-Bénin / AVLÁNTOXWE. Avrankou renoue avec son histoire et ambitionne de redevenir une terre du plantain.

  • Finagnon
  • il y a 3 minutes
  • 5 min de lecture

La maison des jeunes de la commune d’Avrankou a accueilli, ce mercredi 12 août 2026, la cérémonie officielle d’ouverture de la Semaine Internationale de la Banane Plantain au Bénin (SIBaP-Bénin), dénommée AVLÁNTOXWE. L’événement a rassemblé plusieurs personnalités, autorités politico-administratives, représentants d’institutions publiques et privées, chercheurs, producteurs, transformateurs, entrepreneurs, partenaires techniques et financiers, chefs traditionnels, leaders communautaires et acteurs de la chaîne de valeur venus du Bénin et de l’étranger.

Ouverte ce 12 août, cette importante rencontre se poursuit jusqu’au 14 août 2026, autour des enjeux, défis et perspectives de la filière banane plantain. Portée par le Groupe de Recherche et d’Action pour le Bien-Être au Bénin (GRABE-BÉNIN ONG), présidé par Sa Majesté Dah ATAWÉ AKÔYI Apollinaire HOUSSOU LIO, la SIBaP-Bénin se veut un rendez-vous majeur consacré à la réflexion, à l’innovation et à la valorisation d’une filière dont le potentiel économique, social et alimentaire demeure considérable. Au-delà de la célébration d’un produit agricole profondément enraciné dans les habitudes alimentaires béninoises, l’initiative entend créer des passerelles entre producteurs, transformateurs, chercheurs, investisseurs, entrepreneurs et décideurs afin de faire émerger des réponses concrètes aux difficultés qui freinent encore le développement de la filière.


Dans son discours d’ouverture, Sa Majesté Dah ATAWÉ AKÔYI Apollinaire HOUSSOU LIO a donné le ton. Pour le président de GRABE-BÉNIN ONG, la banane plantain est « bien plus qu’un produit agricole ». Elle nourrit des familles, génère des revenus, crée des emplois et participe à la vitalité des économies locales. Pourtant, a-t-il relevé, une part importante de sa valeur reste encore inexploitée. La véritable richesse, a-t-il insisté, se trouve désormais dans la capacité à innover, à transformer le produit et ses sous-produits, à réduire les pertes post-récolte, à développer la conservation, à renforcer la recherche et la technologie, mais également à conquérir les marchés régionaux et internationaux.

Une vision qui invite à ne plus considérer le plantain comme une simple production agricole, mais comme une véritable chaîne de valeur porteuse d’emplois, d’entreprises et de croissance. Le choix d’Avrankou pour abriter cette première édition n’est d’ailleurs pas anodin. Il s’inscrit dans une volonté de renouer avec une mémoire agricole qui associe fortement le territoire au bananier plantain. Se référant à la tradition et à la mémoire locales, le président de GRABE-BÉNIN ONG a évoqué l’expression Nago « Avlan ti ku », communément associée à l’histoire du nom Avrankou et au bananier plantain. Autrefois, a-t-il rappelé, il était difficile de trouver une concession à Avrankou sans bananier plantain.


La plante occupait une place importante dans les champs, autour des maisons, dans l’alimentation et dans l’économie des ménages. Mais au fil des années, cette présence s’est considérablement réduite. Le paradoxe est aujourd’hui saisissant : alors que le territoire conserve dans sa mémoire une forte relation avec le plantain, une partie importante des régimes commercialisés sur son marché provient du Nigeria voisin. Cette réalité, loin d’être une raison de renoncement, constitue précisément le défi que les organisateurs entendent relever.


Car des producteurs existent encore, des terres demeurent disponibles, des savoir-faire subsistent, les débouchés sont réels et la demande reste forte. Il s’agit désormais de reconstruire une dynamique collective capable de faire renaître la filière. L’image du « rejet » évoquée dans le discours de Sa Majesté Apollinaire HOUSSOU LIO prend ici tout son sens. Selon un proverbe populaire de Tolinu, « quand le bananier plantain meurt, le rejet prend la relève ». Une métaphore forte, devenue l’un des fils conducteurs de cette première édition. Le plantain peut avoir reculé, mais il n’a pas disparu. À l’image du rejet qui repousse après la disparition du bananier, la filière peut elle aussi connaître une renaissance. Cette renaissance devra notamment passer par le retour des plantations, l’installation de jeunes producteurs, l’accompagnement des femmes et des entrepreneurs, le développement de la transformation locale, l’appui de la recherche et l’arrivée de nouveaux investissements. Dans la même dynamique, une autre parole traditionnelle citée lors de la cérémonie invite à une réflexion sur la finalité même du développement. « À maturité, le régime de banane plantain ne regarde pas le ciel, il regarde la terre », rappelle Sa Majesté Akoyi. Une formule qui traduit, dans le contexte de la SIBaP-Bénin, la nécessité de faire en sorte que les fruits des efforts, des investissements et des innovations profitent réellement aux communautés. Il ne suffit donc plus de produire. Il faut produire, transformer, conserver, commercialiser et créer de la valeur au niveau local. Il faut que la richesse générée par la filière contribue davantage à l’emploi, aux revenus des ménages et au développement des territoires. Prenant la parole à son tour, le Maire de la Commune d’Avrankou, Gabriel Sèna GANHOUTODE, a salué une initiative qui, selon lui, vient prolonger les efforts de valorisation de l’identité et du patrimoine de la commune. Après le Festival Massè Gohoun consacré à la culture, Avrankou accueille ainsi un autre rendez-vous qui met en lumière son patrimoine agricole et économique. Le maire a félicité Sa Majesté Apollinaire HOUSSOU LIO ainsi que l’ensemble des initiateurs et partenaires de la SIBaP-Bénin. Il a surtout souligné la nécessité de transformer cette initiative en une véritable dynamique de développement. Productivité, disponibilité du matériel végétal, transformation, pertes post-récolte et organisation des acteurs figurent, selon lui, parmi les principaux défis auxquels la filière doit faire face. À cela s’ajoute la nécessité de mobiliser davantage la jeunesse, de renforcer la place des femmes dans la transformation et la commercialisation et de rapprocher la recherche des réalités du terrain.


Le Conseil communal d’Avrankou entend ainsi jouer pleinement sa partition. L’ambition affichée par l’autorité municipale est de faire de la commune un pôle de référence dans la production, la transformation et la commercialisation de la banane plantain au Bénin. Durant les trois jours que durera la SIBaP-Bénin, du 12 au 14 août, les différents acteurs auront donc l’occasion de confronter leurs expériences, de partager leurs innovations et d’identifier de nouvelles possibilités de collaboration.


Production, transformation, nutrition, environnement, recherche, entrepreneuriat, financement, commercialisation et exportation seront au cœur des échanges. Une attention particulière est également portée à la jeunesse. Pour les organisateurs, le plantain ne doit plus être perçu uniquement comme une culture traditionnelle héritée des générations précédentes. Il doit être considéré comme une opportunité économique moderne, susceptible de générer des métiers, des entreprises, des technologies et des marchés. La transformation constitue notamment l’un des leviers majeurs identifiés. Farine, chips, produits précuits et autres dérivés peuvent ouvrir de nouveaux débouchés, tandis que les résidus et sous-produits peuvent également être valorisés dans différentes applications industrielles. Une telle approche permettrait de réduire les pertes, d’augmenter les revenus des producteurs et de créer de nouvelles activités autour de la filière. Ainsi, la SIBaP-Bénin ambitionne de dépasser le cadre d’une simple manifestation. Les organisateurs veulent faire de cette semaine un espace où les idées deviennent des partenariats, les partenariats deviennent des projets et les projets produisent des résultats tangibles. La présence de nombreux acteurs à la maison des jeunes d’Avrankou témoigne déjà de l’intérêt suscité par cette initiative. Elle traduit également une volonté partagée de faire de la banane plantain un véritable instrument de développement local, de création d’emplois, de renforcement de la sécurité alimentaire et de construction d’une économie plus résiliente. En ouvrant cette première édition à Avrankou, GRABE-BÉNIN ONG et la municipalité ne cherchent donc pas seulement à célébrer une plante. Ils posent les bases d’une ambition : réconcilier un territoire avec une partie de son histoire et transformer cette mémoire en opportunité pour l’avenir. Du 12 au 14 août 2026, Avrankou entend ainsi devenir le point de convergence des réflexions sur l’avenir du plantain. Une manière de rappeler que lorsqu’une filière semble perdre de sa vigueur, il suffit parfois d’un « rejet » pour faire renaître l’espoir. Et pour Avrankou, ce rejet pourrait bien être celui d’une nouvelle génération de producteurs, de transformateurs, d’entrepreneurs, de chercheurs et d’investisseurs décidés à faire du plantain non plus seulement un souvenir du passé, mais un levier de prospérité pour le présent et l’avenir.

Rodrigue Finagnon AYAYEVO & Jérémie KOSSOU (Jéré - Solo) 

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