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Rentrée judiciaire à la CRIET : Mario Mètonou défend une justice ferme, mais plus humaine

il y a 23 heures
4 min de lecture

 

À l’ouverture de l’année judiciaire 2026-2027, le procureur spécial appelle à concilier la répression des infractions graves avec le respect des droits de la défense, la proportionnalité des peines et la dignité des justiciables.

 

La fermeté judiciaire peut-elle aller de pair avec l’humanisation de la justice pénale ? C’est autour de cette question que Mario Mètonou, procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), a articulé son intervention lors de l’audience solennelle de rentrée judiciaire, tenue le lundi 12 octobre à Cotonou. Face aux critiques régulièrement adressées à cette juridiction, le magistrat a défendu une approche qui ne renonce ni à la rigueur dans la lutte contre la criminalité ni aux garanties fondamentales reconnues aux justiciables.

 

D’entrée de jeu, Mario Mètonou a choisi la provocation pour introduire son propos. « Monsieur le Président de la CRIET, vous êtes un provocateur ! », a-t-il lancé à l’endroit du président de la cour. Une formule qui faisait référence au thème retenu pour cette rentrée judiciaire : l’humanisation de la justice pénale. Confier cette réflexion à un procureur souvent associé à des réquisitions sévères pouvait, selon lui, susciter des interrogations.

 

Mais le magistrat a assumé cet exercice. Devant la vice-présidente de la République, les représentants de l’Assemblée nationale et du garde des Sceaux, ainsi que le bâtonnier de l’Ordre des avocats, il a assuré que le parquet spécial ne se déroberait pas à ce débat. Il a annoncé sa volonté d’examiner sans complaisance les pratiques et les exigences de l’institution.

 

Une juridiction de plus en plus sollicitée malgré les critiques

 

Au cœur de son intervention, le procureur spécial a relevé un contraste entre l’image de la CRIET dans une partie de l’opinion publique et l’évolution du nombre de dossiers qui lui sont soumis.

 

Souvent présentée comme une juridiction particulièrement répressive, voire inflexible, la cour enregistre pourtant une augmentation notable des saisines. Selon les chiffres communiqués par Mario Mètonou, elle a reçu 3 067 plaintes et procès-verbaux au cours de l’année judiciaire 2024-2025, contre 3 849 pour l’année qui vient de s’achever. Cette évolution représente une hausse de 25,50 %.

 

Le procureur a également relevé la progression continue des plaintes directement déposées par les victimes auprès de la juridiction. Pour lui, ces données constituent un élément important de réflexion sur la place de la CRIET dans le dispositif judiciaire béninois.

 

Cette augmentation des affaires soumises à la cour renforce, selon les enjeux soulevés par le magistrat, la nécessité de concilier l’efficacité de la réponse pénale avec les exigences d’une justice respectueuse des droits fondamentaux.

 

Contre la corruption, la cybercriminalité et le terrorisme

 

Mario Mètonou n’a toutefois pas remis en cause la nécessité d’une répression rigoureuse des infractions les plus graves. Il a rappelé les menaces auxquelles le Bénin est confronté, notamment la grande corruption, la cybercriminalité et le terrorisme. Le procureur spécial a dénoncé les atteintes aux deniers publics, les complicités avec les groupes terroristes et les crimes commis contre les enfants. Sur ces questions, il a réaffirmé la détermination du parquet à agir avec fermeté.

 

Cette exigence ne saurait cependant justifier, à ses yeux, une justice fondée sur la peur ou sur des sanctions systématiquement excessives. Le magistrat rejette aussi bien le laxisme, qu’il assimile à une démission, que la terreur judiciaire, qu’il considère comme une dérive. Il plaide plutôt pour une réponse pénale adaptée à la gravité des faits et à la situation propre à chaque personne poursuivie.

 

Dans cette perspective, la proportionnalité des peines occupe une place centrale. La sévérité de la sanction ne doit pas être une fin en soi, mais répondre aux exigences de justice et d’efficacité.

 

Présomption d’innocence et droits de la défense

 

L’un des points majeurs de l’intervention concerne les garanties dues aux personnes poursuivies. Mario Mètonou a rappelé que la présomption d’innocence et les droits de la défense ne doivent pas être considérés comme de simples obstacles à l’action judiciaire.

 

Le procureur spécial a également insisté sur la nécessité de faire de la détention provisoire une mesure exceptionnelle, conformément à sa vocation. Il a, par ailleurs, mis en avant l’individualisation des peines, qui suppose de tenir compte des circonstances propres à chaque affaire et de la situation de chaque condamné. À ces exigences s’ajoute la place des victimes dans le processus judiciaire. Pour le magistrat, la justice doit leur garantir une réparation appropriée du préjudice subi, plutôt que de céder à une logique de vengeance.

 

Sa vision repose ainsi sur un équilibre : sanctionner les infractions avec détermination, tout en préservant la dignité humaine et les garanties fondamentales qui encadrent la procédure pénale.

 

Une orientation dont l’application reste attendue

 

Pour résumer sa conception de l’action judiciaire, Mario Mètonou a déclaré : « L’efficacité de la sanction ne tient pas à sa cruauté, mais à sa certitude. » Une formule qui met l’accent sur la capacité de la justice à appliquer effectivement la loi plutôt que sur la seule lourdeur des peines prononcées.

 

Reste désormais à traduire ces orientations dans la pratique quotidienne de la CRIET, alors que le nombre de plaintes et de procès-verbaux enregistrés par la juridiction continue de progresser. Au cours de son intervention, le procureur spécial n’a pas annoncé de mesures opérationnelles précises pour concrétiser cette approche.

 

À l’ouverture de l’année judiciaire 2026-2027, son message est néanmoins clair : la lutte contre la criminalité économique, la cybercriminalité et le terrorisme doit se poursuivre sans affaiblissement de l’action publique, mais dans le respect des droits de la défense et de la dignité des personnes. Mario Mètonou souhaite ainsi voir la CRIET demeurer une juridiction ferme dans l’application de la loi, sans perdre de vue la dimension humaine de la justice.


Aristide SETTIN

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