Paroisse Saint-Antoine de Padoue de Zogbo : 40 ans d’une foi qui rassemble tout un quartier
- Aristide SETTIN

- il y a 12 heures
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Cette année, la paroisse Saint-Antoine de Padoue de Zogbo célèbre ses quarante ans d’existence canonique. Officiellement érigée le 19 janvier 1986, cette communauté catholique de l’Archidiocèse de Cotonou est aujourd’hui l’une des plus importantes de la capitale économique béninoise. Son histoire, cependant, remonte bien avant sa création officielle et s’enracine dans les premiers efforts missionnaires entrepris dans l’ancien village de Xlintonnou, devenu plus tard Zogbo.
Des débuts modestes portés par les premiers missionnaires
Avant l’arrivée des missionnaires catholiques, les communautés protestantes et séraphiques étaient déjà implantées dans la localité. Les premiers prêtres de la Société des Missions Africaines (SMA), venus de Calavi, rejoignaient le village en pirogue à travers le lac Nokoué. Le premier à annoncer l’Évangile dans la zone fut le Père Firmin Colineaux.
Conscient de l’importance de l’intégration sociale dans l’œuvre missionnaire, il développa d’abord des liens étroits avec les femmes commerçantes, notamment les vendeuses de poissons et de crevettes. Cette proximité facilita l’accueil du message chrétien au sein de la population. C’est également sous son impulsion que fut construite la première chapelle du village, un modeste édifice en terre battue capable d’accueillir une cinquantaine de fidèles.
Au fil des années, plusieurs prêtres se relayèrent pour accompagner la croissance de cette jeune communauté. Les difficultés d’accès, surtout pendant les périodes d’inondation, n’empêchèrent pas l’enracinement de la foi chrétienne. Au contraire, les célébrations dominicales organisées sur place et l’installation du Saint-Sacrement contribuèrent à renforcer l’identité religieuse du milieu.
L’arrivée des Salésiens et la naissance officielle de la paroisse
Au début des années 1980, face à la croissance rapide de la communauté, l’Archidiocèse de Cotonou engagea des discussions avec la Congrégation Salésienne de Don Bosco. Après plusieurs visites de terrain, les Salésiens choisirent Zogbo comme lieu d’implantation au Bénin.
Séduits par le cadre du quartier, sa proximité avec le lac et surtout le dynamisme de la jeunesse locale, ils décidèrent d’y établir leur première mission. Dès 1985, les premiers Salésiens commencèrent leur apostolat. Quelques mois plus tard, ils entreprirent la construction du presbytère.
Le 19 janvier 1986, la station de Zogbo fut officiellement érigée en paroisse.
Pourquoi le choix de Saint Antoine de Padoue ?
Le choix de Saint Antoine de Padoue comme saint patron n’est pas le fruit du hasard. Figure majeure de l’Église catholique, Saint Antoine est reconnu dans le monde entier comme un prédicateur exceptionnel, un évangélisateur infatigable et un guide spirituel proche des populations.
Selon les témoignages recueillis auprès des anciens de la communauté, le Père Firmin Colineaux voyait en lui un modèle particulièrement adapté aux réalités missionnaires de Zogbo. À l’époque, l’évangélisation devait encore convaincre une population largement attachée à ses traditions religieuses et culturelles.
Le missionnaire espérait que l’intercession de ce grand saint favoriserait l’enracinement de la foi chrétienne dans la localité. La proximité du lac Nokoué aurait également influencé ce choix, Saint Antoine étant souvent invoqué comme protecteur dans les situations difficiles et comme guide des populations vivant au contact de l’eau.
Quarante ans plus tard, ce patronage conserve toute sa signification. Chaque année, la fête de Saint Antoine de Padoue rassemble non seulement les catholiques, mais également les habitants du quartier, quelles que soient leurs convictions religieuses.
Une église construite pierre après pierre
Face à l’augmentation constante du nombre de fidèles, les infrastructures initiales devinrent rapidement insuffisantes. Après plusieurs agrandissements successifs, la décision fut prise de construire une véritable église paroissiale.
Les travaux débutèrent en 1992 et s’achevèrent trois ans plus tard. L’édifice actuel est ainsi devenu le symbole visible de la croissance spirituelle et démographique de la communauté.
Neuf curés, neuf bâtisseurs au service de la même mission
L’histoire de la paroisse Saint-Antoine de Padoue est également celle de neuf curés qui, chacun à sa manière, ont contribué à son développement.
Le premier curé, le Père Juan Carlos Ingunza, posa les fondations de la jeune paroisse. Son principal mérite demeure la consolidation de l’organisation paroissiale et la construction du presbytère.
Son successeur, le Père Fermin Nuevo, entra dans l’histoire comme le bâtisseur de l’église actuelle. Grâce à sa détermination et à la mobilisation des fidèles ainsi que des bienfaiteurs, le projet put être réalisé.
Le Père Jesus Argerich marqua profondément les paroissiens par son charisme et son amour de la musique. Surnommé « le père sans micro » en raison de sa voix puissante, il insuffla un nouvel élan à la pastorale des jeunes et créa plusieurs structures d’animation liturgique.
Le Père Luis Maria Oliveras poursuivit l’œuvre de développement matériel en renforçant les infrastructures dédiées à la catéchèse et à la formation chrétienne.
Premier curé béninois de la paroisse, le Père Jean Aurélien Lemondo accorda une attention particulière à la formation humaine et spirituelle. Il contribua à rapprocher davantage l’Église des familles à travers le renforcement des Communautés Ecclésiales de Base.
Le Père Adolphe Akpoué modernisa l’organisation pastorale de la paroisse. On lui doit notamment la Maison Mariale dédiée à Marie Auxiliatrice ainsi que plusieurs initiatives destinées à structurer la participation des laïcs.
Malgré un séjour plus court, le Père Dieudonné Dembélé laissa le souvenir d’un homme soucieux de la fraternité et de l’unité entre les fidèles.
Le Père José Manuel Nogueroles, très apprécié dans le quartier, développa une pastorale de proximité qui renforça les liens entre la paroisse et la population locale. Son passage fut également marqué par la construction d’une chapelle latérale.
Aujourd’hui, le Père Raphaël Coulibaly poursuit cette œuvre collective en veillant à préserver l’héritage reçu tout en préparant l’avenir de la communauté.
Une paroisse au cœur de la vie sociale de Zogbo
Quarante ans après son érection canonique, la paroisse Saint-Antoine de Padoue demeure un acteur incontournable de la vie religieuse et sociale de Zogbo. À travers ses œuvres pastorales, éducatives et communautaires, elle continue de transmettre les valeurs de solidarité, de fraternité et de foi qui ont guidé ses pionniers.
La célébration de ce jubilé constitue ainsi un moment privilégié pour rendre hommage à tous ceux qui, prêtres, religieux, catéchistes et fidèles laïcs, ont contribué à écrire cette belle page de l’histoire de l’Église à Cotonou.
Aristide SETTIN

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