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Menstruations au Bénin : Professionnels des médias et créateurs de contenu s’engagent contre les tabous

il y a 21 heures
4 min de lecture

 

À Cotonou, la question de la santé, de la dignité et de la justice menstruelles gagne progressivement sa place dans l’espace public. Journalistes, blogueurs, caricaturistes et créateurs de contenu numérique ont été mobilisés autour du concours « Médias engagés pour la SDJM », une initiative portée par le consortium « RÈGLE MOI ÇA » et mise en œuvre par l’ONG Héroïnes d’Aujourd’hui, avec l’appui de l’Union des Professionnels des Médias du Bénin (UPMB).

 

À travers cette initiative, les promoteurs veulent faire des médias un véritable levier de sensibilisation sur les menstruations et contribuer à faire reculer les préjugés, la désinformation et les difficultés liées à l’accès aux produits et informations nécessaires à une bonne gestion de l’hygiène menstruelle.

Faire des menstruations un sujet de société

 

La cérémonie de remise des prix, organisée mercredi 9 septembre 2026 à Cotonou, a constitué le point d’orgue de cette initiative. Dans une atmosphère à la fois festive et militante, les organisateurs ont rappelé la nécessité de dépasser les tabous qui entourent encore les menstruations dans de nombreux milieux.

 

Pour Nadège Bignon ANAGO, présidente de l’ONG Héroïnes d’Aujourd’hui, l’enjeu dépasse largement la seule mise à disposition de protections hygiéniques. « Aucune femme, aucune jeune fille ne devrait voir son potentiel bridé, sa scolarité interrompue ou sa dignité piétinée en raison d’un phénomène naturel et biologique », a-t-elle souligné.

 

Selon elle, si la distribution de kits d’hygiène menstruelle permet d’apporter une réponse immédiate aux besoins matériels, le changement durable passe surtout par une transformation des mentalités. Les familles, les établissements scolaires et les communautés sont ainsi appelés à déconstruire les croyances et les représentations qui entretiennent la honte et le silence autour des règles.

 

La sensibilisation doit également concerner les hommes. « Briser le silence permet également d’accompagner les hommes — pères et conjoints — souvent démunis ou réservés face à ce sujet », a ajouté Nadège Bignon ANAGO.

 

La presse au cœur du changement

 

Conscients de l’influence des médias dans la construction des perceptions et des comportements, les responsables du consortium « RÈGLE MOI ÇA » et de l’ONG Héroïnes d’Aujourd’hui ont choisi de placer les professionnels des médias et du numérique au cœur de leur démarche.

 

Avec l’accompagnement de l’UPMB, journalistes de presse écrite et audiovisuelle, blogueurs, caricaturistes et créateurs de contenu ont été invités à produire des contenus permettant d’aborder la Santé, la Dignité et la Justice Menstruelles (SDJM) sous différents angles.



Pour Benoît Houandja, secrétaire général de l’UPMB, cette mobilisation répond à la responsabilité sociale des médias. « L’UPMB croit fermement que les médias ne doivent pas être de simples spectateurs, mais des acteurs engagés du développement humain et de la justice sociale », a-t-il déclaré.

 

Il estime que l’implication des professionnels de l’information dans cette thématique contribue non seulement à renforcer la qualité du traitement des questions de santé et de genre, mais également à lutter contre les tabous et la désinformation qui persistent dans l’espace public.

 

Des regards différents sur une même problématique

 

Le concours « Médias engagés pour la SDJM » s’est distingué par la diversité des profils et des approches mobilisés. Des journalistes de différents supports, des blogueurs, des créateurs de contenu et des caricaturistes ont proposé des productions traitant des menstruations sous des angles aussi variés que l’éducation, les réalités socioculturelles, les droits humains, le plaidoyer ou encore la satire.

 

Les différentes productions ont été soumises à l’appréciation d’un jury composé de professionnels et d’experts. Présidé par le Dr Tanguy Agoi, président de l’Observatoire de la Déontologie et de l’Éthique dans les Médias (ODEM), le jury a procédé à une évaluation fondée notamment sur la pertinence des contenus, leur qualité journalistique, le respect des principes éthiques et leur potentiel d’impact social.

 

Quand le journalisme déconstruit les mythes

 

Les œuvres distinguées au terme du concours témoignent de la diversité des problématiques liées aux menstruations.

 

Parmi les productions retenues, certaines ont mis en évidence le rôle de l’accès à l’information et à la connaissance dans la gestion des règles. À travers la place accordée au livre et à la lecture, une lauréate a notamment montré que la précarité menstruelle ne constitue pas seulement une question d’accès aux protections hygiéniques. Elle peut également affecter la scolarité, l’accès au savoir et, plus largement, les perspectives d’avenir des jeunes filles.

 

D’autres productions se sont attaquées aux mythes et aux croyances qui entourent encore les menstruations. Un lauréat a ainsi choisi de confronter certaines représentations socioculturelles aux connaissances scientifiques et aux normes internationales, en donnant la parole à des gardiens de la tradition, à des spiritualistes et à différentes autorités.

 

Une démarche qui permet de mettre en lumière les écarts entre certaines croyances populaires et les réalités biologiques liées aux menstruations.

 

Des lauréats appelés à devenir des relais

 

Au-delà de la récompense des meilleures productions, les organisateurs ambitionnent d’inscrire cette dynamique dans la durée. Les journalistes et créateurs de contenu ayant participé au concours sont appelés à devenir de véritables relais de la cause menstruelle.

 

L’objectif est de les encourager à intégrer régulièrement les questions de Santé, de Dignité et de Justice Menstruelles dans leurs productions, leurs émissions, leurs publications et leurs contenus numériques.

 

À travers cette stratégie, le consortium « RÈGLE MOI ÇA », l’ONG Héroïnes d’Aujourd’hui et leurs partenaires entendent contribuer à faire évoluer durablement les perceptions autour des menstruations au Bénin.

 

Car derrière un phénomène biologique naturel se joue aussi une question de droits, d’éducation, de santé et de dignité. En donnant davantage de visibilité à cette réalité, les médias et les créateurs de contenu peuvent contribuer à faire tomber progressivement les murs du silence.


Aristide SETTIN

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