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Editorial- Foncier à Bohicon : La terre trahie, la confiance ébranlée

Par Rodrigue Finagnon AYAYEVO

À Bohicon, la question foncière prend des allures de tragédie contemporaine. Derrière les murs écroulés et les concessions réduites en gravats, ce sont des vies entières qui vacillent. Des citoyens, jadis propriétaires en toute quiétude, se retrouvent brutalement dépossédés, pris dans l’engrenage d’un système dont les failles éclatent aujourd’hui au grand jour.

Et pourtant, le contexte semblait porteur d’espoir. Depuis janvier 2025, la ville est intégrée à la plateforme e-Foncier Bénin, sous l’égide de l’Agence Nationale du Domaine et du Foncier (ANDF), en collaboration avec le projet PPMEC. Cette modernisation du cadastre, adossée à la délivrance des Certificats d’Enregistrement au Cadastre (CEC), ambitionne de sécuriser durablement les droits de propriété et de restaurer la transparence dans la gestion foncière. Mais sur le terrain, les promesses de la réforme se heurtent à une réalité autrement plus complexe.

L’année 2024 aura été celle des révélations troublantes. Une présumée « mafia foncière », impliquant des cadres de la mairie, dont le premier adjoint au maire, ainsi qu’un expert-géomètre, a été mise en cause pour des faits graves : ventes frauduleuses de parcelles, bradage de réserves administratives, création de registres parallèles. Ces pratiques, d’une gravité extrême, ont conduit à l’ouverture de poursuites devant la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET), qui a initialement engagé des actions contre neuf personnes.

Au-delà de ces affaires retentissantes, c’est un mal plus profond qui ronge le tissu foncier de la commune. Les conflits de succession, les contestations de propriété et les litiges liés aux opérations de lotissement se multiplient, révélant une insécurité juridique persistante. L’affaire des 3,51 hectares de Houawégbo, portée jusqu’à la Cour suprême, ou encore les expropriations en cours à Lissèzoun Toffo T pour la construction d’un marché de produits vivriers, illustrent l’ampleur des tensions entre intérêt général et droits individuels.

Dans ce climat de défiance, la modernisation du cadastre apparaît nécessaire, mais insuffisante si elle n’est pas accompagnée d’une refondation éthique de la gouvernance locale. La technologie, si performante soit-elle, ne saurait suppléer l’intégrité des hommes chargés de la mettre en œuvre. La lutte contre la corruption foncière exige une vigilance accrue, des contrôles rigoureux et des sanctions exemplaires.

Il en va de la crédibilité des institutions, mais aussi de la stabilité sociale. Car la terre, au Bénin comme ailleurs, n’est pas un bien ordinaire : elle est mémoire, héritage et projection vers l’avenir. À Bohicon, sa gestion hasardeuse fragilise le pacte social et érode la confiance citoyenne. Restaurer cette confiance est désormais une urgence. C’est à ce prix seulement que la terre cessera d’être un motif de discorde pour redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un fondement sûr pour bâtir l’avenir.

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