Doctorat : Espéra Donouvossi consacre sa recherche à la gouvernance culturelle participative à Abomey
- Aristide SETTIN

- il y a 18 heures
- 4 min de lecture

Le spécialiste béninois des politiques culturelles et du management de programmes internationaux, Espéra Donouvossi, a soutenu, mercredi 12 août 2026, une thèse de doctorat consacrée à la formulation participative des politiques culturelles dans la ville historique d’Abomey. À travers cette recherche, il propose une nouvelle manière de penser la gouvernance culturelle, en plaçant les communautés et les acteurs locaux au cœur des processus de décision.
À Abomey, l’histoire et le patrimoine ne sont pas seulement des traces d’un passé glorieux. Ils peuvent également constituer un point de départ pour imaginer les politiques culturelles de demain. C’est l’une des principales conclusions de la thèse soutenue, mercredi 12 août 2026, par Espéra Donouvossi.
Intitulée « Exploring Participatory Cultural Policy Formulation for Abomey, a Historic City with World Heritage Property », cette recherche prend pour terrain d’étude la ville historique d’Abomey et ses Palais royaux, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle s’intéresse à la manière dont les politiques culturelles peuvent être conçues et mises en œuvre avec une participation plus importante des différents acteurs concernés.
Dans son travail, le chercheur examine notamment les interactions entre les pouvoirs publics, les professionnels de la culture, les communautés locales, les détenteurs de savoirs traditionnels et les autres acteurs du secteur culturel. L’objectif est de comprendre comment leur implication peut contribuer à une meilleure préservation du patrimoine, mais aussi à sa transmission et à sa valorisation.
Repenser la gouvernance culturelle
La recherche d’Espéra Donouvossi s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur la gouvernance culturelle. Elle met en évidence la nécessité de dépasser une approche dans laquelle les politiques culturelles sont essentiellement élaborées au niveau institutionnel, avec une implication limitée des communautés directement concernées.
À partir de l’expérience d’Abomey, le chercheur défend une approche davantage participative, susceptible de rapprocher les politiques publiques des réalités des territoires. Sa réflexion porte notamment sur le patrimoine, les arts et la culture, la participation citoyenne ainsi que le renforcement des capacités des institutions locales.
Parmi les principales propositions issues de cette recherche figure le modèle « SHARP », conçu autour de cinq dimensions destinées à favoriser des politiques culturelles plus durables, intégrées, adaptables, lisibles et participatives. À travers ce modèle, l’auteur entend contribuer à la construction d’outils permettant aux décideurs et aux acteurs culturels de mieux prendre en compte les réalités locales dans l’élaboration des politiques publiques.
L’enjeu dépasse donc le seul cas d’Abomey. Pour Espéra Donouvossi, l’expérience de cette cité historique peut nourrir une réflexion applicable à d’autres territoires africains confrontés aux mêmes défis : protection du patrimoine, transmission des savoirs, développement culturel, implication des communautés et renforcement des institutions.
Une thèse nourrie par quinze années d’expérience
Pour le nouveau docteur, cette soutenance constitue l’aboutissement d’un parcours académique, mais aussi le prolongement d’une longue expérience professionnelle. Depuis plus de quinze ans, Espéra Donouvossi évolue dans les domaines de la culture, du patrimoine, de la coopération internationale et du management de programmes.
« Mon ambition est de rapprocher davantage la recherche, les politiques publiques et la gestion concrète des programmes culturels », explique-t-il. Une ambition qui traduit sa volonté de faire de la recherche scientifique un outil au service de l’action publique et du développement culturel.
Le choix d’Abomey comme terrain d’étude revêt également une dimension particulière. Ville historique et ancienne capitale du royaume du Danxomè, Abomey possède un patrimoine matériel et immatériel considérable. Ses Palais royaux constituent l’un des symboles majeurs de ce patrimoine et offrent un cadre privilégié pour analyser les rapports entre mémoire, patrimoine, communautés et politiques publiques.
Une dédicace à Camille Amouro
Cette étape académique est également marquée par un hommage particulier. Espéra Donouvossi a choisi de dédier sa thèse à l’écrivain et intellectuel béninois Camille Amouro, qui l’avait encouragé à entreprendre son parcours doctoral.
Pour le chercheur, cet hommage traduit la reconnaissance envers celui qui l’a poussé à approfondir sa réflexion. Il rappelle notamment l’importance de rendre les problématiques scientifiques accessibles aussi bien dans les espaces académiques internationaux que dans les communautés directement concernées.
« Cette thèse lui est donc dédiée », confie Espéra Donouvossi, en référence à Camille Amouro.
Une expertise construite entre l’Afrique et l’Europe
Le parcours professionnel du nouveau docteur est étroitement lié à son sujet de recherche. Expert béninois en politiques publiques, partenariats stratégiques et management de programmes internationaux, il possède une expérience de plus de quinze ans dans la conception, la coordination et le pilotage de projets entre l’Afrique et l’Europe.
Au cours de sa carrière, il a collaboré avec plusieurs organisations et institutions de référence, notamment Arterial Network en Afrique du Sud, le Goethe-Institut au Nigeria, la Banque mondiale et l’ICCROM, organisation internationale spécialisée dans la conservation et la restauration du patrimoine culturel.
Ces différentes expériences lui ont permis de développer une expertise à la croisée de la coopération culturelle, des politiques publiques, de la gestion de programmes et de la valorisation du patrimoine.
Il occupe actuellement les fonctions de chef de projet de coopération muséale Afrique-Europe à Expertise France, en Éthiopie, où il intervient sur des initiatives destinées à renforcer les collaborations entre institutions muséales africaines et européennes.
D’Abomey à l’Afrique
Avec cette thèse, Espéra Donouvossi entend ainsi apporter une contribution au débat sur l’avenir des politiques culturelles en Afrique. Son approche repose sur une conviction : les politiques culturelles gagneraient à être davantage élaborées avec les populations, les professionnels et les communautés qui vivent au quotidien avec le patrimoine.
L’expérience d’Abomey apparaît dès lors comme un laboratoire de réflexion sur les nouvelles formes de gouvernance culturelle. Elle pose la question de la place des communautés dans les décisions concernant leur patrimoine, mais aussi celle de l’adaptation des politiques publiques aux réalités locales.
Au-delà de l’obtention du doctorat, la recherche d’Espéra Donouvossi ouvre donc une perspective plus large : réinventer les politiques culturelles africaines en les rendant plus inclusives, participatives et ancrées dans les territoires. Une démarche qui pourrait contribuer à mieux concilier préservation du patrimoine, développement culturel et participation des communautés.
Aristide SETTIN

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