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De Thiaroye à Sakété : le Bénin réexamine les pages oubliées de son histoire à l’ENS de Porto-Novo

il y a 21 heures
3 min de lecture

Enseignants et chercheurs se mobilisent pour une transmission plus rigoureuse et critique de l’histoire nationale


 

L’École normale supérieure (ENS) de Porto-Novo a accueilli, jeudi 10 septembre 2026, la deuxième édition des conférences-débats en milieu scolaire consacrées à la réécriture de l’histoire coloniale du Bénin et de l’Afrique. Placée sous le parrainage de l’Académie nationale des sciences, arts et lettres du Bénin (ANSALB), cette rencontre a réuni plusieurs enseignants d’histoire-géographie des collèges et lycées de Porto-Novo et des localités environnantes.

 

L’initiative vise à renforcer les connaissances des enseignants, notamment ceux chargés de l’histoire-géographie, sur la participation des soldats béninois aux guerres coloniales. Elle entend également leur fournir des outils pédagogiques adaptés à l’enseignement d’une histoire critique auprès des élèves des classes de troisième et de terminale.

 

Après le lycée Mathieu Bouké de Parakou et le Collège d’enseignement général numéro 1 de Kandi, l’étape de Porto-Novo s’inscrit dans la mise en œuvre du Programme national de réécriture de l’histoire du Bénin, coordonné par l’ancien Premier ministre, le professeur François Abiola. À travers cette démarche, les promoteurs ambitionnent de revisiter le passé colonial afin de transmettre aux générations futures une histoire documentée, sincère et débarrassée des omissions.

 

Restituer les faits historiques

 

Pour le professeur François Abiola, l’histoire constitue un enjeu collectif qui ne saurait être laissé à une lecture partiale du passé. « On peut écrire pour restituer la vérité, comme pour diffamer ou instrumentaliser. Il y a l’histoire des vainqueurs. Nous voulons restituer la vérité », a-t-il déclaré.

 

Le coordonnateur du programme a présenté les principaux chantiers de recherche engagés. Le premier porte sur le massacre de Thiaroye, survenu en décembre 1944, au cours duquel des tirailleurs sénégalais originaires de 17 pays, dont l’ancien Dahomey, ont été impliqués. La question du nombre exact de soldats dahoméens concernés demeure au centre des travaux d’un comité international auquel participe le professeur Abiola.

 

Le second chantier concerne les résistances à la colonisation, notamment la première révolte contre le pouvoir colonial, qui se serait déroulée à Sakété en février 1905. Longtemps relégué au second plan dans les récits historiques, cet épisode fait désormais l’objet d’un travail de réévaluation. « Cette première révolte a été mise en berne. Nous travaillons à lui rendre sa place dans l’histoire », a souligné le coordonnateur, originaire de Sakété.

 

Pour un enseignement renouvelé de l’histoire

 

Représentant le ministre, le directeur départemental des Enseignements maternel et primaire de l’Ouémé, Denis Sossa, a salué l’engagement du professeur François Abiola et l’importance de cette initiative pour le système éducatif. Il a invité les enseignants à tirer pleinement profit des échanges afin de promouvoir une transmission plus dynamique, rigoureuse et actualisée des connaissances historiques.

 

Le directeur de l’ENS de Porto-Novo, Bernard Fangnon, a également insisté sur la nécessité de confronter les récits existants aux réalités historiques établies par la recherche. De son côté, le professeur Paul Dossou, responsable de l’organisation de la rencontre, a appelé à un examen approfondi des zones d’ombre de l’histoire du Bénin.

 

Au terme des échanges, les participants ont été invités à dépasser une lecture exclusivement centrée sur les dates et les événements pour contribuer à la construction d’une histoire assumée, fondée sur la recherche et l’esprit critique. La rencontre de Porto-Novo apparaît ainsi comme une étape importante dans le rapprochement entre les travaux universitaires et les programmes scolaires, en vue de permettre aux jeunes Béninois de mieux comprendre leur passé et de se l’approprier avec lucidité et fierté.


Aristide SETTIN

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